Harry Bernard et Lionel Groulx

Lettre 1
BANQ, fonds Lionel-Groulx, P1/A, 329 [dorénavant : FLG]

Le 14 décembre 1922

M. l’abbé Lionel Groulx
À l’Action française
Montréal

Mon cher monsieur,

Je me permets de vous adresser, sous pli séparé, un article sur le volume de Léo-Paul Desrosiers : Âmes et paysages.

S’il avait la bonne fortune de vous intéresser, je vous le donnerais volontiers pour l’Action française.

Le cas contraire, je vous saurais gré de me le retourner aussitôt qu’il vous sera possible.

Veuillez croire à mes meilleurs sentiments, et à une admiration sincère pour l’œuvre que vous poursuivez.

Harry Bernard

Lettre 2
Archives personnelles de Marcelle Bernard-Morriset

16 décembre 1922

Monsieur Harry Bernard
Le Droit, Ottawa

Cher Monsieur,

Votre article me convient tout à fait. Je cherchais précisément un collaborateur qui fit cet article. Vous arrivez donc comme la Providence. La revue est congestionnée de ce temps-ci, mais je vous ferai passer au plus tard en février. Et je retiens votre nom, si vous me permettez, parmi ceux de nos collaborateurs.

Je vous remercie de votre mot sympathique pour notre œuvre et vous prie de croire à mes meilleurs sentiments,

Lionel Groulx, prêtre

Lettre 3
FLG

Le 23 décembre 1922

M.l’abbé Lionel Groulx
L’Action française
Montréal

Mon cher monsieur,

Je vous remercie sincèrement du bon accueil fait à l’article que je vous ai adressé. Vous me faites aussi un grand honneur en m’invitant à devenir l’un des collaborateurs de l’Action française. Vous pouvez être sûr que je me ferai toujours un plaisir de vous être agréable et de vous aider, dans la mesure de mes forces.

Quand l’article sera composé, pourriez-vous, si ce n’est pas trop exigé, m’en faire tenir l’épreuve?

Je vous remercie encore une fois, et vous prie d’accepter mes meilleurs vœux à l’occasion de la nouvelle année.

Bien à vous,

Harry Bernard

Lettre 4
FLG

Saint-Hyacinthe, le 5 janvier 1923

M. l’abbé Lionel Groulx
Montréal

Mon cher Monsieur,

Si vous en voulez toujours, mon article sur le « Péril du bilinguisme » est à votre disposition pour la revue de février. Je l’ai fait la semaine dernière, mais il faudra le retoucher avant de vous le faire tenir. Je vous l’adresserai dans cinq ou six jours, ce qui devrait être assez tôt pour la composition, et afin que j’aie mes épreuves à temps.

Entendez-vous parler de Jules Faubert, et que vaut l’ouvrage? J’ai vu ce qu’en disait Le Devoir. Si la langue a quelque valeur, il y aurait peut-être là l’occasion d’une étude sur le roman de caractère, dont Jules Faubert est peut-être l’une des premières tentatives chez nous. Mais je parle d’après l’appréciation du Devoir, sans savoir ce que je dis.

Sincèrement à vous,

Harry Bernard

Lettre 5
FLG

Ottawa, le 26 février 1923

M. l’abbé Lionel Groulx
L’Action française
Montréal

Mon cher Monsieur,

Je suis prêt à vous faire l’article sur Fournier. Mais j’ai justement sur la planche quelque chose sur le sujet, que j’ai écrit l’été dernier, et que je n’ai pas publié. J’ai trouvé après coup qu’il y avait là-dedans des passages un peu « raides », et des vérités qui, pour être vraies, ne doivent peut-être pas se dire encore.

En tout cas, je vous adresse le morceau, sous pli séparé. Vous m’indiquerez ce qu’il faut retoucher, et modifier. Je vous laisse entièrement libre de travailler sur le texte que je vous envoie. Je vous avoue cependant que les feuillets 4, 5 et 6, à mon sens, s’imposent quoique crus, et que j’aimerais fort à les passer. Vous garderez cependant, à leur endroit, les décisions que vous jugerez bon. Il va sans dire que le tout n’est qu’une ébauche, et que je dois rafistoler entièrement, développant la partie idée et « nationalisme ».

Je vous remercie d’avoir bien voulu songer à moi, et espère entendre bientôt parler de vous.

À vous, sincèrement,

Harry Bernard

Lettre 6
FLG

Ottawa, le 13 mars 1923

M. l’abbé Lionel Groulx
L’Action française
Montréal

Mon cher Monsieur,

Je vous adresse l’article sur Fournier, sous pli séparé. Je me suis mis à l’œuvre sans la lettre que j’attendais de vous, essayant de me guider par les indications que vous m’aviez déjà données. Je me demande maintenant si je vous ai bien compris, et si l’article répond à votre attente?

Je ne vous cache pas que le travail était délicat, comme vous me le disiez vous-même, et il est possible que j’aie encore dit des choses qui sont un peu osées. Si vous en trouvez de réellement répréhensibles, vous me rendriez service en me les indiquant.

Comme vous le verrez au cours de l’article, j’ai essayé de me servir des jalons que vous m’avez fournis. J’espère que je n’ai pas trop dépassé votre pensée. Je vous serais reconnaissant de me laisser savoir prochainement ce que vous dites du tout.

Vous remerciant encore une fois d’avoir songé à moi, je vous prie de me croire

Votre tout dévoué,

Harry Bernard

Lettre 7
FLG

Ottawa, le 19 mars 1923

M. l’abbé Lionel Groulx
L’Action française
Montréal

Mon cher Monsieur,

Je vous retourne mon manuscrit, après y avoir un peu touché : – Je ne comprends pas au juste ce que vous voulez dire au sujet des réserves, mais je vous autorise à corriger comme vous voudrez, si vous trouvez qu’il y a lieu.

Est-ce que l’article ne doit pas paraître en avril, comme vous m’aviez dit d’abord? En tout cas, je vous demanderais de m’adresser l’épreuve, aussitôt prête.

Je vous remercie bien de votre appréciation, et de la liberté que vous daignez me laisser. Je vous assure qu’il n’y a rien de tel pour permettre à un homme d’essayer de penser par lui-même.

Veuillez croire, toujours, à mes sentiments sincères.

Harry Bernard

Lettre 8
FLG

Ottawa, le 27 avril 1923

M. l’abbé Lionel Groulx
L’Action française
Montréal

Mon cher Monsieur,

Je vous avoue en toute sincérité que j’ai été très peiné de mon article sur Fournier, tel que publié dans l’Action française. À tel point que je ne sais plus que penser. On me l’a passé par un tel crible qu’il me faut une forte dose de bonne volonté pour le reconnaître. Quelque correcteur d’épreuve m’a sans doute corrigé « en beau » pendant votre absence de Montréal, et je regrette énormément qu’on m’ait fait signer.

Je ne m’en prends nullement à vous de tout ceci; je ne le puis pas d’ailleurs. Vous m’avez dit dans vos lettres que vous me laissiez toute liberté de critique et je vous avais soumis mon article. Vous m’avez alors répondu qu’il était très bien, et j’ai été complètement dérouté quand j’ai vu les opérations qu’on lui avait fait subir. Comme vous savez, je suis toujours prêt à admettre une correction pour un mieux et je ne fais aucune objection à certaines précisions de vous sur la critique Roy – Chartier – Fournier, qui portent sur la partie idée. Je ne m’explique pas d’autre part toute cette critique de « mots », pratiquée à presque chaque ligne de l’article. Vous remarquerez qu’on a saboté jusqu’à ma ponctuation, d’un bout à l’autre. Il y a en tout, à part la ponctuation, 56 corrections; je n’étais presque plus autorisé à signer. Je vous adresse un numéro de l’Action française, après y avoir rétabli le texte au crayon; vous verrez vous-même ce dont je me plains, et que je n’exagère pas. Je regrette de vous ennuyer avec tout ceci, sachant très bien ce qu’ont d’agaçant les lettres comme celle-ci. Mais je ne pouvais laisser passer sans vous mettre au courant.

J’ai reçu les deux volumes de vers que vous m’avez adressés, mais je vous avoue que je ne me sens pas encouragé à commencer un nouvel article pour l’Action française, dans les circonstances, sans savoir si l’on me publiera, ou si l’on publiera un autre sous mon nom. J’attends un mot de vous avant de me remettre à l’ouvrage.

J’espère que vous voudrez bien prendre cette lettre en bonne part, reconnaissant la légitimité de mes plaintes.

Je vous remercie de votre attention et j’attends avec hâte des nouvelles de vous.

Je vous prie de croire, comme toujours à mon dévouement sincère.

Bien à vous,

Harry Bernard

Lettre 9
FLG

Ottawa, le 7 mai 1923

M. l’abbé Lionel Groulx
Montréal

Mon cher Monsieur,

J’ai reçu votre lettre, et je vous remercie de l’attention portée à mes plaintes. Il ne faut pas se méprendre; je ne suis pas ours au point de ne vouloir rien entendre, mais, comme vous le dites vous-même, on y est allé un peu fort avec mon article sur Fournier

Je vous adresse un article sur Émile Coderre, que j’ai fait samedi soir. Vous remarquerez que je n’ai pas touché aux Papillons [d’Âme?] de ce balourd d’Hurteau; je n’ose pas. C’est tellement bête, et insignifiant et d’une platitude telle, qu’il veut mieux, je crois, ne rien dire du tout. Du persiflage ne serait pas de bon ton dans votre revue, et une étude le moindrement sérieuse est impossible. J’ai trouvé d’assez bonnes choses dans Coderre, encore que ce ne soit pas le dernier mot de l’art.

Vous me feriez plaisir en m’adressant l’épreuve de l’article, s’il vous convient, et en me donnant une idée de la date de publication. Avez-vous songé à donner un article au dernier volume de critique de l’abbé Camille Roy. Érables en fleurs? Je dois dire que je n’ai pas encore vu l’ouvrage. Enfin, je suis encore ici à votre disposition, si vous ne croyez pas la tâche trop forte pour mes épaules.

Je vous adresserai prochainement les volumes que vous m’avez fait tenir, Coderre et Hurteau.

Je vous remercie encore une fois de votre amabilité.

Tout à vous,

Harry Bernard

Lettre 10
BANQ, Fonds Harry-Bernard [dorénavant FHB] 298/046/006

11 septembre 1923
M. Harry Bernard,

Je suis allé m’enfermer une quinzaine au fond des Laurentides, préparer ma conférence de la Semaine Sociale. Et voilà pourquoi ma lettre et notre article sont restés à marquer le pas dans mon bureau. De retour, il y a quelques jours à peine, je me mets en frais de mettre ma correspondance au point. Je suis à vous l’un des premiers.

Votre article me va sauf sur un point. Le sujet vient à son heure et il est opportun que les revues sérieuses s’en occupent. Votre théorie de la langue canadienne ne me répugne aucunement. Vous savez sans doute que vers 1905, M. Adjutor Rivard l’a développée et soutenue dans le Bulletin du parler français. Par un singulier hasard, il s’est trouvé que la même semaine exactement, sans m’être concerté aucunement avec M. Rivard,

Je développais la même doctrine dans L’Album universel sous la signature de Lionel Montal. Je ne vous cache point cependant que vous allez de nouveau faire rugir les adversaires du régionalisme. Et il serait bien que vous serviez votre texte en prévision de ce débat.

Une autre partie qu’il conviendrait de remanier quelque peu c’est l’argument tiré par vous de Guy de Maupassant. Vous avez lu ce qu’en dit l’abbé B… Il est bien dangereux pour une revue comme l’Action française, de paraître considérer, même indirectement et même pour des fins littéraires, la lecture d’un tel auteur. J ’ai essayé de remanier quelque peu votre texte histoire de vous proposer plutôt que de vous imposer une nouvelle rédaction, mais je me suis aperçu que la correction ne suffisait point, de l’avis même de l’un de mes collègues laïcs.

Il faudrait en appeler à Maupassant, en faisant toutes les réserves déjà faites et en prenant garde d’en conseiller même indirectement la lecture. Je crois que la chose est d’importance et pour l’Action française et pour le directeur du Courrier de Saint-Hyacinthe. Il y a une opinion qu’un journaliste-catholique ne peut pas négliger, sous peine de compromettre son influence.

Retouchez et renvoyez-moi votre manuscrit qui paraîtra en octobre. Et pardonnez-moi cette franchise que vous préférez j’en suis sûr, aux circonlocutions diplomatiques.

Bien cordialement, Lionel Groulx, prêtre.

Lettre 11
FLG

Le 22 juin 1924

M. l’abbé Lionel Groulx
Montréal

Mon cher Monsieur,

Je ne vous donne pas une réponse finale, parce que je ne connais pas du tout D’un océan à l’autre, et que je ne puis prévoir à quels excès de parole il est susceptible de me porter. La situation est d’autant plus délicate après la publication de mon fameux roman, qui, entre parenthèses, se fait attraper un peu partout.

Envoyez-moi cependant l’ouvrage, aussitôt qu’il vous sera possible, de même que la livraison de la Revue d’Amérique latine où s’est escrimé M. Dugas. Je ne l’ai encore trouvée ici.

Je pense bien, après tout, trouver le moyen de dire encore quelque chose de votre ami Roquebrune.

Je vous verrai probablement au Congrès de la Jeunesse, à la fin de la semaine, et nous pourrons causer de la chose.

Sincèrement à vous,

Harry Bernard

Lettre 12
FLG

Le 15 août 1924

M. l’abbé Lionel Groulx
Montréal

Mon cher Monsieur,

Je vous ai adressé il y a déjà quelque temps mon article sur le cinéma. J’espère qu’il vous est bien parvenu et que vous n’avez pas au trop à y retoucher.

Je n’ai jamais reçu le volume de Roquebrune et je ne crois pas qu’il soit bien possible maintenant de faire l’article pour septembre. Dites-moi en tout cas ce que vous décidez. Parlant de critique, savez-vous si M. Asselin a donné l’article qu’il m’avait promis sur mon malheureux livre?

Je n’ai pas beaucoup travaillé cet été. Il faut dire que ma femme est toujours très malade, et qu’elle est même à l’hôpital depuis un mois et demi. Vous comprendrez que toute cette vie n’est pas très favorable au travail intellectuel. J’espère toujours que cela finira et vous demanderai même, si ce n’est pas abuser une pensée pour nous dans vos prières. Je ferai tout de même mon possible pour vous être agréable, s’il est de mon ressort en quoi que ce soit.

Aussitôt mon article composé, je vous prierais de rappeler à vos gens de m’envoyer sans faute les épreuves.

Et je vous serre la main,

Sincèrement,

Harry Bernard

Lettre 13
FLG

20 septembre 1924

M. l’abbé Lionel Groulx
À l’Action française
Montréal

Cher monsieur,

Je me permets d’écrire à la machine, afin de répondre immédiatement à votre lettre au milieu de la besogne quotidienne.

Je vous avoue qu’il n’est pas très facile de faire parler M. Dessaulles sur la période de 37, pour la double raison qu’il est très sourd et qu’il est très réticent en ce qui touche l’équipée des Patriotes. Il n’avait que dix ans en 37 et ses souvenirs sont naturellement vagues. Peut-être, cependant, qu’il sait quelque chose de la crise d’âme de Papineau, et pourrait vous être de quelque service. L’entrevue publiée par Le Devoir a été un peu mutilée par ces messieurs du journal, qui ont précisément raturé plusieurs détails relatifs à 37; j’ai toutefois inséré l’entrevue en entier dans mon Courrier et vous l’envoie. Vous y trouverez plusieurs petites choses assez précieuses à mon avis.

Je ne sais si vous connaissez cette garce, mais Mlle Augustine Bourassa, la sœur d’Henri est fort au courant de tout ce qui touche à Papineau. Elle a fait causer M. Dessaulles à maintes reprises et possède encore même actuellement des documents qui lui appartiennent. Elle prépare depuis de longues années une espèce de travail sur Papineau, peut-être même de réhabilitation, et a tout amassé ce qu’elle a pu trouver, dans le Québec et l’Ontario, qui pût jeter quelque jour sur son illustre parent. Je tiens ceci de Mlle Dessaulles et de Desranleau, qui connaît bien l’ancien Saint-Hyacin[tois?] et sait plus qu’on ne croit sur la crise de 37-38.

Vous ne feriez pas mal, je crois, d’entreprendre le voyage de Saint-Hyacinthe. C’est une affaire d’une heure, une bagatelle, si l’on songe au bénéfice possible. Je me charge volontiers, pour ma part, de nous faciliter une entrevue avec M. Dessaulles, et serais à votre disposition n’importe quel jour, à l’exception du mercredi et du jeudi, les grosses journées de mon petit journal. Je vais essayer immédiatement, en tout cas, de voir M. Dessaulles, et vous en dirai un mot sous peu.

Je sais qu’il n’est rien venu de M. Asselin. Il semble bien qu’il va falloir frapper ailleurs. J’avoue que je serais très flatté, si Henri d’Arles devait se charger de la besogne, et le préfère à l’abbé Charbonnier pour cette raison que j’aimerais mieux le travail fait pas un Canadien. Il y a à cela plusieurs raisons, et je vous dis la chose en toute franchise, comptant naturellement sur votre discrétion.

Je voulais vous écrire à l’occasion de votre deuil et vous dire toute ma sympathie, mais n’ai pu trouver le moyen. Vous savez que j’ai été bien éprouvé depuis un an, et que je ne sais jamais où donner de la tête.

Croyez en tout cas à la sincérité de mes sentiments pour vous.

Sincèrement,

Harry Bernard

Lettre 14
FLG

Le 30 septembre 1924

M. l’abbé Lionel Groulx
À l’Action française
Montréal

Mon cher monsieur,

J’arrive de chez M. Dessaulles et je vous avouerai tout de suite que le succès de ma démarche est mince. Ni M. Dessaulles ni Mlle Dessaulles ne veulent que l’on dise quoi que ce soit sur les idées religieuses de Papineau. Non seulement le sujet est brûlant en soi, mais on risquerait, même avec les meilleures intentions du monde de froisser certaines susceptibilités et de créer de véritables querelles de famille. D’ailleurs après réflexion, M. Dessaulles est trop vieux pour bien comprendre ce qu’on veut de lui, et me paraît sur une défensive bien caractérisée, dès qu’on touche à la crise de son oncle. Il m’a défendu de publier quoi que ce soit sur le sujet, sinon quelques détails que je vous donne plus bas.

Mlle Dessaulles, à qui j’ai fait lire votre lettre, vous conseille d’aller voir Mlle Augustine Bourassa, la recommandant comme la source la plus documentée et la plus autorisée en ces matières. Elle demeure à Montréal chez les Sourdes-Muettes, au no 595 Saint-Denis. Elle était cependant à Ottawa en juillet et il est possible qu’elle y soit encore. Dans la capitale, elle se retire ordinairement à l’Institut Jeanne-d’Arc, rue Sussex.

M. Dessaulles me dit que son frère, Louis Dessaulles, était au manoir de Montebello quand Louis-Joseph Papineau est mort. Il a rapporté ici, à son frère, que c’était Amédée qui avait empêché le curé de l’endroit d’approcher du lit de mort de son père. Amédée ne croyait ni à Dieu ni à diable, et son corps fut plus tard incinéré, à sa demande. (Il serait prudent de ne pas trop se servir de ce dernier détail).

Le sénateur m’a répété à plusieurs reprises que Papineau avait bien ses idées personnelles en matière de religion, mais qu’il ne parlait jamais contre la foi catholique, et ne permettait pas que personne parlât contre la religion en sa présence. Une autre preuve, dit M. Dessaulles, qu’il n’était pas un ennemi endurci de la religion catholique, c’est qu’il construisit de ses deniers l’église de Papineauville, après en avoir confié l’exécution à Napoléon Bourassa. Voici deux petits faits, qui ne sont pas des arguments probants, mais que vous pouvez invoquer à l’appui d’un argument. M. Dessaulles vous permet de les employer.

Mlle Dessaulles croit avoir certaines lettres de Papineau qui vous seraient de quelque utilité. Elle doit les chercher et me fera part de ses découvertes. Je vous tiendrai au courant. Je serais très content de vous voir à Saint-Hyacinthe, mais je ne crois pas, dans les circonstances, que vous craigniiez beaucoup à rencontrer M. Dessaulles. Comme l’a d’ailleurs expliqué sa fille, c’est Mlle Bourassa qui est le plus en mesure de vous renseigner et tout ce qu’on pourrait dire ici demanderait à être confirmé ou contrôlé par Mlle Bourassa, qui a ou a eu en main, la plupart des documents relatifs à son grand-père. Quant au témoignage verbal du sénateur, vu son âge, il s’en méfie lui-même.

J’espère que vous tirerez profit de tout ce verbiage. Je verrai M. Desranleau ces jours-ci et il m’indiquera peut-être du nouveau. Il a lui-même causé à maintes reprises avec M. Dessaulles.

Sincèrement à vous,

Harry Bernard

Lettre 15
FLG

Le 3 octobre 1924

M. l’abbé Lionel Groulx
À l’Action française
Montréal

Mon cher monsieur,

Vous me permettrez de vous ennuyer encore une fois. Je suis retourné chez M. Dessaulles et j’ai causé de nouveau, ce qui m’a permis de faire préciser ou répéter certaines choses. Ainsi, sur ce qui regarde Amédée Papineau, la famille dit que, s’il n’a pas empêché le prêtre de voir son père mourant, du moins ne s’est-il pas préoccupé de le faire venir au moment décisif. Il y a eu de sa part mauvaise volonté ou négligence grave. Il était d’ailleurs marié à une protestante, ce qui faisait un entourage peu sympathique autour du mourant. On me donne Amédée comme une espèce d’excentrique, en partie déséquilibré, qui n’a jamais paru avoir un jugement mirobolant. La famille Dessaulles paraît persuadée que la fin de Papineau aurait été toute différente si sa femme avait vécu. On croit savoir, en tout cas, qu’il n’a pas refusé le prêtre, qu’il a vu celui-ci quelques jours avant sa mort, et que l’abbé Bourassa devait revenir à son chevet, mais que le malade expira avant la seconde visite projetée, sans qu’il fût averti que les choses pressaient. Mais à tout ceci, Mlle Dessaulles ajoute : voyez Mlle Augustine B.!

J’ai vu quelques lettres écrites à l’occasion de la mort de Papineau, par quelqu’un qui se trouvait à Montebello. Elles sont assez insignifiantes, racontant les derniers moments chronologiquement, et il est remarquable qu’il n’y ait pas fait allusion à la religion ni au côté religieux de cette mort. Tous les intéressés me paraissent toujours avoir gardé la plus grande discrétion sur ce point. Mlle D. m’a encore montré quelques lettres de Papineau lui-même, écrites à divers époques de sa vie, –elle en a bien une dizaine – d’après lesquelles il est évident qu’il n’était pas athée. Il parle de Dieu et de la vie future avec le plus grand respect. Il n’y a d’ailleurs que quelques lignes sur ce sujet, et il n’est jamais question de la religion catholique. Je me proposais de copier pour vous ces passages, et j’avais eu la permission, mais j’ai été obligé de conclure après coup qu’ils ne vous seraient pas de grand service. Un irreligieux, un protestant peut bien croire en l’existence de Dieu et d’une vie future.

M. Desranleau me dit que c’est à l’archevêché d’Ottawa que vous trouverez probablement le plus de documents sur les idées religieuses de Papineau. Il a reçu récemment une lettre de l’abbé Joseph Hébert, de l’archevêché d’Ottawa, lui disant qu’on avait découvert, là-bas, ou du moins retrouvé et classé de nombreux documents sur Papineau. Je ne sais si vous êtes au courant du fait, et il vous serait facile d’entrer en relations avec l’abbé Hébert à ce sujet.

J’enverrai donc mon livre à Henri d’Arles, mais cela me rendra-t-il vraiment service, vu sa situation vis-à-vis les autorités religieuses de Montréal?

Et s’il y a quelque chose que je puis encore faire pour vous, je suis à votre service.

Sincèrement à vous,

Harry Bernard

Lettre 16
FLG

Le 23 octobre 1924

M. l’abbé Lionel Groulx
Montréal

Cher monsieur,

Pardonnez-moi d’avoir tardé à répondre à votre carte. J’ai reçu une réponse d’Henri d’Arles, qui ne dit ni oui ni non. Je vous inclus la lettre qu’il m’adresse, vu qu’il y est question de vous, et que vous serez peut-être heureux d’en prendre connaissances. Il me demande des choses auxquelles je ne puis répondre.

Je vous demanderais de me retourner, quand vous n’en aurez plus besoin, la lettre de Manchester.

Je vous remercie de toutes ces peines que vous prenez à mon endroit.

Sincèrement à vous,

Harry Bernard

Lettre 17
FLG

Le 26 août 1925

M. l’abbé Lionel Groulx
Montréal

Mon cher monsieur,

J’essaierai de vous donner en temps voulu l’article sur Aimée Villard qu’il me faudra relire un peu afin de refaire mes impressions.

Quant à mon bouquin, je vais vous le porter cette semaine même et j’espère, si rien de fâcheux ne survient, qu’il sera en circulation dans un mois. Cela dépend maintenant de M. Hermann. Vos remarques ne m’ont pas déplu, loin de là. J’en ai mis à profit le plus que je pouvais et j’ai refait complètement le volume depuis que vous l’avez lu. Je vous remercie de ne pas me cacher mes vérités et de me donner ainsi quelque moyen pratique de me corriger.

Je serai à Montréal vendredi matin et j’espère que j’aurai l’occasion de vous voir quelques moments, vendredi ou samedi.

Sincèrement à vous,

Harry Bernard

Lettre 18
FLG

Le 31 août 1925

M. l’abbé Lionel Groulx
L’Action française
Montréal

Mon cher monsieur,

Je vous adresse sous pli l’article sur Aimée Villard. J’espère qu’il vous conviendra. Vous voudrez bien demander aux imprimeurs de me faire tenir les épreuves dès que possible.

Je voulais vous voir durant mon passage à Montréal, vendredi et samedi derniers, mais vous ai manqué partout. Ce sera sans doute pour une autre fois. J’espère que votre santé n’est pas trop mauvaise et que vous n’avez eu qu’une alarme.

J’ai remis mon livre à M. Hermann, qui le fera imprimer aussitôt que possible. Je l’intitule La Terre vivante. Vous pourrez probablement y jeter un coup d’œil avant qu’il aille chez l’imprimeur. Je vous demanderais comme grande faveur d’insister auprès de M. Hermann pour que la publication ne soit pas retardée, vu qu’il me faudrait l’ouvrage pour les concours littéraires, soit donc au plus tard vers le 20 octobre. Je laisse aussi à vos bons soins d’annoncer l’ouvrage dans l’Action française.

Et je vous laisse avant d’allonger démesurément la liste de mes requêtes.

Sincèrement à vous,

Harry Bernard

Lettre 19
FLG

Le 30 septembre 1925

M. l’abbé Lionel Groulx
Montréal

Mon cher monsieur,

Un cordial merci, tout d’abord, pour votre aimable note de l’Action française. J’espère que le bouquin fera honneur en tout à votre témoignage, et qu’il n’ira plus désappointer personne.

Vous m’offrez de choisir mon critique? Ma foi, je n’ose désigner personne, après l’échaudage que m’a valu, un jour, d’avoir marqué une presque préférence. Peut-être l’abbé Maurault, Dombrowski, Olivar Asselin, même Henri d’Arles. Après tout, cela m’est bien égal. Faites pour le mieux et tout sera bien. L’important, c’est que quelque chose paraisse, et dans le plus bref délai après la mise en vente de l’ouvrage. J’achève de faire autour du volume l’organisation de la réclame. Cela va bien jusqu’ici, et dans une excellente note. Le Droit de vendredi prochain publiera un chapitre de l’ouvrage, avec présentation et commentaires.

Hors ce travail matériel, la vie est tranquille dans notre pays, même en dépit de la lutte électorale.

J’espère que votre santé est maintenant parfaitement rétablie, et que vous pourrez reprendre votre besogne.

À vous, bien sincèrement,

Harry Bernard

Lettre 20
FLG

Le 21 octobre 1925

M. l’abbé Lionel Groulx
Montréal

Mon cher monsieur,

En réponse à la vôtre, je vous demanderais une seule chose : faire arrêter l’article du frère Bernard, et mettre celui-ci à sa place s’il n’est pas content. Vous forcerez peut-être votre consigne, mais je me demande si vous ne devriez pas le faire? Je vais vous dire pourquoi. Ma grande objection, c’est de me faire toujours attraper dans l’Action française, la revue et l’œuvre où, jusqu’ici, j’ai toujours donné le meilleur de moi-même. Il y a là quelque chose qui ne se tient pas. Je suis fort indifférent, après tout, aux opinions d’un primaire tel que le frère Bernard, mais je le juge tout à fait incompétent en la matière et je m’objecte surtout à le voir me vilipender dans notre revue. C’est assez souvent moi qui fais la critique pour l’Action française, en essayant de mettre dans mes articles, non pas le plus d’indulgence, ni le plus de dureté, mais, comme vous savez, le plus de justice possible, n’appuyant mes jugements que sur une assez longue expérience des livres, et non sur mes sympathies ou antipathies personnelles. Or je vous avoue qu’il me semble très étrange qu’il ne se trouve jamais personne, à l’Action française, quand je publie un malheureux bouquin, pour me rendre le même petit service que je rends volontiers aux autres. Cette note s’est donnée un peu partout à la suite de l’article d’Henri d’Arles, et je vous avoue qu’une répétition du procédé n’est guère pour attirer des sympathies à l’Action française. Le frère Bernard, d’ailleurs, demeure dans une maison de verre, et il n’est pas bon que vous lui donniez l’occasion de jeter des pierres. Je ne sais si vous connaissez ces détails, mais il y a, dans la Gaspésie au soleil, deux longs passages volés à des confrères, où quelques mots sont changés ici et là, histoire de triturer le texte. Si cela vous intéresse, j’ajouterai que ces deux morceaux appartiennent, l’un à Claude Melançon, publié dans La Presse, l’autre à Ernest Bilodeau, dans un de ses livres. Je pourrais au besoin vous fournir toutes les indications voulues.

À vrai dire, j’aimerais autant ne rien avoir du tout dans la revue, pour octobre. Pour un autre mois, j’essaierai de vous trouver quelqu’un. Avec Henri d’Arles, les préliminaires sont trop difficiles et trop inutilement longues. J’ai actuellement en main un autre travail, et je vous avoue que je n’ai pas le temps de faire avec lui des polémiques par lettres. Un homme qui me ferait bien ça, et auquel je n’avais pas pensé d’abord, c’est Fulgence Charpentier. Vous pourriez peut-être lui envoyer un mot. S’il refuse, nous verrons ailleurs.

Encore une fois, je vous demande l’impossible pur arrêter l’article de frère. Les sympathies que vous garderez ainsi devraient compenser son petit mécontentement. Vous pourrez ajouter, s’il ne se prête de bonne grâce, qu’il y aurait peut-être moyen de lui faire un petit chahut autour de sa Gaspésie, et qu’il pourrait se trouver des gens pour ne pas hésiter.

J’espère, mon cher M. Groulx, que vous ne prendrez pas cette lettre en mauvaise part, mais je croyais opportun de vous écrire ces choses. Un abattage de plus ou de moins, après tout, ne fera pas mourir. Mais il me ferait énormément de peine d’avoir apparemment l’Action française contre moi, quand je sais bien le contraire. Malheureusement, c’est ainsi que le public juge, et je ne puis rien aux jugements du public.

J’attends un mot de vous par le prochain courrier. Je vous prie de croire, comme toujours, à mes meilleurs sentiments.

Harry Bernard

Lettre 21
FLG

Le 14 mai 1926

Cher monsieur Groulx

Je réponds tout de suite à votre demande d’information.

Ma biographie est assez mince; je n’ai fait que du journalisme, depuis ma sortie du collège.

Dans l’ordre des détails, voici :

Par une anomalie assez curieuse, celui que vous appelez si aimablement le romancier du Canada français, est né en Angleterre, à Londres même, le 9 mai 1898, mais de parents canadiens-français. Il a donc 28 ans depuis dimanche dernier. Plus tard, il a fait ses études classiques et sa philosophie au Séminaire de Saint-Hyacinthe (1911-1919). Correspondant parlementaire et rédaction au Droit d’Ottawa, 1919-1923. Dirige depuis Le Courrier de Saint-Hyacinthe. Entre-temps, il a publié deux romans, L’Homme tombé (1924) qui a obtenu en 1924 le prix David de roman; puis La Terre vivante (1925), prix David de roman en 1925, et prix de littérature au Concours d’Action intellectuelle de l’A.C.J.C. Vous pourriez peut-être ajouter que je viens de terminer un troisième roman canadien, lequel sera probablement publié à l’automne. Et c’est tout.

Je vous remercie de la bonne attention que vous ne cessez de porter à votre humble serviteur.

Et je vous prie de croire à mes meilleurs sentiments.

Tout à vous,

Harry Bernard

Lettre 22
FLG

Le 22 juillet 1926

M. l’abbé Lionel Groulx
a/s L’Action française
Montréal

Mon cher monsieur,

Il m’a été impossible de me rendre à Montréal pour le 28 juin dernier, comme vous me l’aviez suggéré.

Depuis, j’ai dû m’absenter aux États-Unis pour une quinzaine, ce qui explique mon retard à vous écrire.

J’ai commencé cependant à retravailler mon livre, tenant compte de certaines de vos brèves indications. Maintenant, si vous le vouliez bien, et comme vous me l’avez proposé, vous me donneriez par lettre les observations que vous n’avez pas pu me faire, vu le manque de temps, lors de notre dernière entrevue. Je ne veux pas vous imposer de m’écrire longuement. Mais dites-moi en quelques lignes précises ce que vous pensez, – les retouches à faire qui vous paraissent les plus importantes.

Je vous remercie d’avance, et m’excuse de vous importuner ainsi.

J’espère que les vacances vous sont douces. J’adresse ma lettre aux soins de l’Action française ignorant où vous logez exactement.

Veuillez croire à mes sentiments sincères.

Harry Bernard

Lettre 23
FLG

Le 8 août 1926

M. l’abbé Lionel Groulx
Saint-Donat
Comté de Montcalm

Mon cher monsieur,

Je reçois ce matin même votre lettre et vous en remercie. Je me promets bien de tenir compte de vos remarques.

Je dois vous dire que, depuis notre dernière conversation, j’ai écrit mon livre de nouveau, d’un bout à l’art. En cours de route, j’ai essayé d’y mettre un peu plus de surnaturel et de pensée vraie. J’ai même fait deux nouveaux chapitres, l’un pour remonter spirituellement mon homme; l’autre pour expliquer, en marge de la circonstance extérieure que vous connaissez, le retour de la « nièce » à la pensée du devoir et à l’acceptation de la vie. Je crois que cela, en plus d’importants remaniements de forme et de disposition, donnera au livre une bien meilleure physionomie.

Naturellement, je n’ai pas encore fini; je continue à retoucher. J’ai montré le volume à M. Desranleau, avant et après les corrections. Vous me permettrez de dire qu’il a trouvé la seconde version fort supérieure à l’autre. En somme, c’est toujours la même vieille histoire de Boileau.

Je prends note de vos dernières remarques et j’essaierai, d’ici à la fin de l’été, d’en tirer le plus de profit possible.

Pour ce qui est du travail que vous me proposez, sur le dernier livre de Baumann, je me demande vraiment si je dois l’accepter? Vu la somme énorme de travail que j’ai actuellement en train, j’ai peur d’être obligé, à la dernière minute, de vous désappointer un peu. À moins que vous ne soyez très pressé, et que vous laisseriez le tout à la discrétion d’un homme surchargé. Dans ce cas, je vous donnerais l’article pur octobre, si je ne puis le faire pur septembre. Je vous avoue que je suis assez peu préparé pour travailler sur Baumann, ayant jusqu’ici peu lu cet auteur, malgré, je l’avoue, sono importance et ses qualités.

J’espère que vous vous plaisez dans vos vacances. Je regrette vraiment de n’être pas aussi fortuné que vous, et de devoir toujours, malgré le soleil et les beaux jours, tourner comme disait Théophile Gautier, la meule du journalisme.

Je vous remercie encore une fois de la peine que vous vous donnez à mon sujet, et vous prie de croire à mes meilleurs sentiments.

Harry Bernard

Lettre 24
FLG

Le 12 septembre 1926

M. l’abbé Lionel Groulx,
L’Action française
Montréal

Cher monsieur,

J’ai mis les bouchées doubles, et voici l’article demandé. Il me fait vraiment plaisir de vous rendre ce service, après tout ce que vous avez fait pour moi ces dernières années.

J’espère qu’il sera dans le ton voulu, suffisamment convenable, encore que je l’aie fait très vite, et pour cause. Essayez donc, si la chose est le moindrement possible, de me faire tenir les épreuves; je vous les retournerai sans délai.

J’espère que tout va bien à Montréal, et à l’Action française.

Sincèrement à vous,

Harry Bernard

Lettre 25
FLG

Le 11 août 1927

M. l’abbé Lionel Groulx
Saint-Donat
Comté de Montcalm

Mon cher monsieur,

Vous trouverez ci-joint l’article demandé. Je ne sais s’il vous conviendra. Je l’ai fait cependant avec soin, bien que vite. Vous remarquerez que je n’ai pas développé certains points; je ne voulais pas répéter trop vos articles de Dix ans d’Action française et ceux de M. Perreault. Je me suis aussi permis de mentionner seulement les arts pour ne point briser l’unité de mon sujet. Sans compter que je ne suis pas très ferré en art plastique, et j’aime mieux m’abstenir que de dire des platitudes solennelles.

Je vous demanderais maintenant comme faveur, et pour des raisons à moi, de ne pas mentionner le chanoine Chartier dans ce que vous pourriez ajouter à mon article. Je tiens absolument à ce point. Les articles de votre enquête ont beau n’être pas signés, les gens avertis savent, pour une bonne part, de qui ils sont. M. Chartier est un ancien de Saint-Hyacinthe, un ancien professeur, et j’aimerais mieux, à cause de certaines circonstances, dont je vous parlerai quelque jour, être discret à son endroit.

Si cela vous intéresse, je mets la dernière main à ce volume de nouvelles dont je vous ai déjà entretenu. Lévesque serait prêt à le publier au mois d’octobre. Il se composera de 14 nouvelles, dont 10 dans le genre historique, la plupart écrites en marge d’ouvrages d’histoire ou de mémoires. J’en ai envoyé une bonne partie à M. le chanoine Courchesne, à Nicolet, qui m’a offert, au cours de notre randonnée dans l’Ouest, d’en revoir le français. Car j’ai toujours une immense difficulté à écrire une langue convenable. Mgr Desranleau a déjà revu la partie historique, et je vous laisserai le soin, si vous le voulez bien, de donner le dernier coup de pouce à toute l’affaire.

J’espère bien que vous me ferez tenir les épreuves de l’article sur nos doctrines littéraires. Je vous les retournerai, comme d’habitude, sans délai.

Et je vous quitte pour me remettre à la besogne quotidienne. J’attends de vos nouvelles bientôt.

Sincèrement,

Harry Bernard

Lettre 26
FLG et FHB 298/046/006

Le 3 janvier 1929

M. l’abbé Lionel Groulx
L’Action Canadienne-française
Montréal

Mon cher monsieur,

Je commence par vous offrir mes vœux de bonne année 1929, espérant qu’elle vous sera bonne de toutes les façons.

Et je passe tout de suite à un sujet plus grave, sur lequel je n’ai pas cru pouvoir faire le silence plus longtemps.

J’ai appris avec un immense regret, je vous l’avoue, la décision que viennent de prendre les directeurs de L’Action Canadienne-française. L’une des conséquences logiques de cet acte, comme vous n’en doutez pas, c’est la disparition, à échéance plus ou moins brève, de la revue L’Action Canadienne-française. Car le problème d’administrer une œuvre de ce genre, si ardu soit-il, est peu de chose comparativement à celui de la diriger et rédiger, alors que tous les chefs se retirent sous leur tente, et que leur attitude paralyse nécessairement les collaborateurs de l’extérieur.

Je comprends qu’il peut y avoir à certain moment, chez les Chefs d’un mouvement d’action difficile, désintéressé, un peu de lassitude ou de fatigue. Mais est-ce là suffisant pour tuer, du jour au lendemain, une œuvre unique par l’ampleur de ses vues et la haute action qu’elle ne cessait, depuis sa fondation d’exercer dans tous les milieux, et particulièrement sur la jeunesse.

Pour ma part, je vous avoue que je tombe de haut. Vous savez que je n’ai pas, par tempérament, l’enthousiasme très facile, et que je n’ai pas non plus l’habitude de me payer de mots. Mais j’ai été élevé et formé, comme tous ceux de ma génération, avec, devant les yeux, cet espèce d’idéal canadien-français vers lequel semblait tendre l’ensemble des doctrines professées par L’Action Canadienne-française. Idéal est peut-être un grand mot pour ce siècle et cette terre d’Amérique, mais il exprime ici ma pensée. Je sens bien, si la revue et son enseignement nous sont enlevés, que nous allons être bientôt, les hommes de ma formation, un peu comme des êtres sans direction, un peu comme des corps sans tête.

Je ne veux pas prendre les choses au tragique, croyez-moi, mais je ne puis accepter passivement, sans protester, ni sans déplorer le fait que l’élite canadienne-française se prive volontairement d’une organisme élevé, de qui l’on attendait sans cesse des directives, non seulement dans le sens de la politique vraie, des œuvres sociales canadiennes, mais aussi bien dans l’économique, les lettres, les arts. Tout le monde peut bien se laver les mains de l’affaire, comme Pilate, mais je veux que vous sachiez que je n’en suis point.

Si tous nos hommes de premier plan se mettent à lâcher; si toutes nos œuvres tombent les unes après les autres, pour des considérations d’ordre particulier, ou sur pression des puissances, puissances d’argent ou puissances politiques, – qu’allons-nous devenir? N’entrevoyez-vous pas le jour où nous serons revenus au pire avachissement national que l’on déplorait il y a quarante ans?

J’espère, cher M. Groulx, que vous voudrez bien ne point prendre en mauvaise part la présente lettre. Mais je tenais à vous dire mon sentiment sur les développements que vous savez, ajoutant que ma manière de voir, si je ne m’abuse, est bien celle de toute la jeunesse sérieuse d’aujourd’hui. On nous aura fait un mal incalculable, et j’estime que nous avons bien le droit de dire nos regrets, et aussi notre peine.

Veuillez me croire, comme toujours,

Votre tout dévoué,

Harry Bernard

Lettre 27
FHB 298/046/006 et FLG (brouillon incomplet de la lettre)

10 janvier 1929

Monsieur Harry Bernard
Saint-Hyacinthe, Qué

Cher Monsieur Bernard,

Convalescence de la grippe. Je viens de relire, à tête reposée, votre lettre du 3 janvier dernier. Je comprends jusqu’à un certain point l’amertume de vos réflexions. Mais je ne puis me défendre de vous trouver très injuste envers moi à qui vous ne faites grâce pas plus qu’aux autres.

Vous oubliez quelque peu, il me semble, que mes travaux d’histoire restèrent toujours ma besogne principale, ce que je pourrais appeler ma tâche professionnelle, celle qui me fut assignée en 1915 par mes supérieurs légitimes. La direction de l’Action française ne fut et ne pouvait être pour moi qu’une tâche de de surérogation, acceptée librement il est vrai, mais à titre d’essai, en 1920. J’ai porté le fardeau pendant neuf ans, l’essai ne s’étant montré guère concluant, le métier d’historien n’admettant guère de celui qui s’y livre, qu’il soit loisible de faire autre chose. Dans l’intervalle, je n’ai pu m’empêcher de vieillir comme tout le monde; mes forces ont décliné. En outre, l’expérience me démontrait chaque fois péremptoirement l’impossibilité de mener mes deux tâches si considérables que l’une seule suffisait à m’accabler. De composition et de rédaction trop imparfaites, mes cours d’histoire à l’Université ont dû rester dans mes cartons avec un maigre espoir d’en jamais sortir. Devais-je continuer de gâcher deux œuvres, la principale surtout, poursuivre des travaux d’histoire destinés à ne jamais voir le jour, quand ma conviction personnelle, d’accord au surplus avec la conviction commune, n’a cessé de regarder l’œuvre historique comme l’appui nécessaire de l’action nationale?

Ce n’est donc pas, cher Monsieur Bernard, le désir de repos ni une pensée d’abdication qui m’aurait fait «rentrer sous la tente» pour peu que j’y sois rentré. Je n’ai pas abandonné la direction de la Revue, sans en avoir averti longtemps à l’avance, mes successeurs possibles, ni sans avoir pris mes dispositions pour que l’œuvre pût survivre. J’obtins de mon archevêque, à qui la chose ne plaisait guère, que médiocrement, de garder mon poste dans le Comité de direction, et j’étais disposé à fournir pendant quelques années la part de collaboration que l’on m’eût fait l’honneur de me demander. De mes collègues de la vieille équipe, j’obtins – et se faire ne fut ni le moins difficile ni le moins considérable − qu’ils restassent au comité de direction préparant et facilitant l’avènement d’une nouvelle équipe.

Si un de ces derniers jours, mes anciens collègues ont pris la part de s’en aller, ai-je besoin de vous apprendre que la responsabilité de ce départ doit retomber sur un autre que moi. On pourra discuter raisons et motifs de mes collègues démissionnaires. Un jour ou l’autre, je n’en doute point, ils s’expliqueront devant le public, surtout si on les y provoque. Mais moi qui les ai vus prendre leur décision, je sais ces hommes de trop haut caractère pour avoir cédé à des considérations et à des sentiments qui n’eussent pas satisfait leur conscience.

Eux partis, m’était-il possible de rester seul, d’assumer tous les tracas et toutes les responsabilités d’une réorganisation, quand, pour des raisons impérieuses que je vous disais tout à l’heure, j’avais dû quelques mois auparavant, déposer toute cette partie de mon fardeau? Le pouvais-je, en convenance et en justice, quand, envers l’Université de Montréal qui vient de me fournir les moyens de mener à terme mes travaux d’histoire, je me suis engagé, par stipulation contractuelle, à donner tout mon labeur et tout mon temps?

Nul ne déplore plus que moi, cher Monsieur Bernard, les incidents et événements qui ont mis en péril l’existence d’une œuvre à laquelle je fus trop attaché pour qu’on suspecte mon désir de la voir survivre. Je ne sens ni le goût, ni le besoin de me laver les mains, le geste de Pilate n’étant guère en mes habitudes. J’ai beau du reste, fouiller ma conscience, je n’arrive pas à me découvrir la lourde responsabilité dont il vous plaît de m’accabler. Des incidents et événements que vous déplorez, j’ai conjuré tous ceux que j’ai pu; les autres ont échappé à mon contrôle; je ne les ai connus que de l’instant où ils furent irréparables.

Que la jeunesse ressente quelque déception, rien que de fort naturel. La déception doit-elle aller jusqu’au désenchantement? Elle a l’âge que nous avions vers 1904, quand de rien nous avons essayé de créer quelque chose, d’édifier œuvres et doctrines. De tous ces matériaux laissés par vos devanciers et dont vous ne niez pas l’importance, j’aime mieux croire que la génération nouvelle entreprendra de tirer parti, aimant mieux renouer la chaîne des sauveteurs que crier sa malédiction à ceux qui l’auraient brisé.

Bien cordialement vôtre,
Lionel Groulx, prêtre

Lettre 28
FLG et FHB 298/046/006

Montréal, le 30 décembre 1929

Monsieur Harry Bernard
Saint-Hyacinthe, Qué.

Cher Monsieur Bernard,

Il y a longtemps que je vous aurais remercié de votre hommage d’auteur, sans mon chien de métier qui me laisse tous les soirs avec l’impression pénible de la besogne inachevée.

Les critiques vous ont dit à peu près tout ce qu’il convenait ou ne convenait pas de vous dire. Il ne me reste qu’à vous exprimer moins des critiques que mes sentiments, et peut-être moins des sentiments que des conseils, grâce à ce fatal penchant au sermon qui emporte tous les hommes de ma profession.

J’ai lu vos Essais avec le charme assez rare chez nous qui s’éprouve en présence de quelque chose de distingué, de bonne compagnie tout à fait. Vous écrivez une prose correcte qui donne le sentiment de la sécurité, nous délivre de l’appréhension trop constante où nous mettent les ouvrages canadiens, de buter sur quelque étrangeté. Je n’irai pas jusqu’à dire, comme quelques-uns, que votre talent s’exprime plus à son aise dans la critique que dans le roman. Je persiste à considérer votre Terre vivante comme l’une des créations romanesques les mieux construites et les plus charmantes de notre littérature. Mais peut-être, en vos essais comme en vos romans, subissez-vous jusqu’à l’excès la discipline, je devrais dire le joug de votre raison. On voudrait plus de spontanéité, plus de coups d’aile, plus de vigueur, plus souvent l’écrivain qui écrit avec toutes ses facultés, toute son âme.

J’espère que les quelques bavardages de petits écrivains de revues musquées sur le régionalisme ne vous auront pas ému plus que de raison, pas plus d’ailleurs que la véhémence plus truculente que raisonnante de M. Jean-Charles Harvey. Sur le sujet, ces gens-là sont bien incapables d’apprendre quoique ce soit. On a beau les remettre au […], ils en reviennent toujours aux même équivoques. Pour ma part, quand je vois que les Allemands ne songent aucunement à faire autre chose que de la littérature allemande, les Français de la littérature française et les Américains de la littérature américaine, j’en suis toujours à me demander, par quels sortes de sortilège et de génie, nous en viendrons à nous faire une littérature qui ne soit pas une littérature canadienne-française, c’est-à-dire nationale?

Pour le reste? Souvenez-vous qu’à votre âge l’on n’a plus le droit de se plaindre des parcimonieuses directives des […]. Le temps est venu de prendre vos positions aux avant-postes. Il faut oser être un leader.

C’est la grâce que je vous souhaite.

Lionel Groulx, ptre

Lettre 29
FHB 298/046/006

Le 14 février 1930

Cher Monsieur Bernard,

Albert Lévesque m’a remis le manuscrit de votre dernier roman. Votre dessein est sans doute que je vous en dise mon sentiment. Comme je suis un peu pressé, j’y vais donc par le plus court chemin, sans fignolage.

C’est peut-être votre meilleur thème, et, quand vous en aurez achevé la rédaction, ce sera probablement votre meilleure exécution. Pour cette fois, vous avez vraiment atteint l’émotion. Et j’y trouve la verve améliorée de La Terre vivante.

Qu’y manque-t-il encore? Premièrement : peut-être un langage qui soit vraiment plus paysan, quand vous faites dialoguer vos campagnards. Vous y atteignez parfois, pas toujours. Deuxièmement : un cadre plus décrit, plus concret. La Ferme des Robertson est trop quelconque. Il manque à vos descriptions ces menus détails, ce circonstanciel, ce pittoresque qui rend les choses vivantes. Vous n’avez peut-être pas vécu assez à la campagne pour savoir, par exemple, que chaque terre paysanne a son histoire et sa petite géographie à la fois physique et sentimentale. J’ai essayé, dans les Rapaillages de rendre quelque chose de cela. Bazin, Silvestre excellent tous deux à nous rendre ce pittoresque. Attardez-vous quelque peu et il en résultera que le départ du vieux Robertson qui me permet s’arracher trop facilement à sa terre, ne s’en arrachera qu’au prix d’un drame encore plus poignant.

Voilà, je vous donne mon sentiment pour ce qu’il vaut; c’est-à-dire pas grand-chose, mais il est franc.

Bien cordialement vôtre,

Lionel Groulx, ptre
2098 Saint-Hubert
Montréal

Lettre 30
FLG et FHB 298/046/006

Le 15 février 1930

M. l’abbé Lionel Groulx
2098 rue Saint-Hubert
Montréal

Mon cher monsieur,

Je vous remercie de votre lettre. J’avais en effet confié à Lévesque de vous transmette le manuscrit, mais je ne pensais pas que c’était déjà fait. Je voulais vous écrire et vous mettre au courant, vous demander ce que vous avez fait, littéralement, avant la lettre.

Vos remarques sont les bienvenues. J’essaierai de la mettre à profit. Dans quelle mesure, je ne saurais encore dire.

Il y a certaines de vos indications qui m’ennuient un peu. Vous n’avez pas été sans remarquer que j’avais essayé de modifier, dans une très large mesure, ma technique. Il y a d’abord la première partie du récit, presque un tiers du volume, qui est faite de manière indirecte. Récit rétroactif, si l’on peut dire. Le lecteur, au lieu d’être témoin d’une série de faits se succédant l’un l’autre, fait un retour en arrière, sur des faits depuis longtemps passés. Je crois que cette façon de procéder est assez neuve chez nous. Je vous confie, entre nous, qu’elle n’a rien de facile dans l’exécution.

Où vous m’ennuyez, car j’y viens, c’est dans vos remarques sur le discours des personnages. Je fais peut-être parler ceux-ci, comme vous dites, avec trop d’élégance. D’autre part, on m’a tellement reproché jadis, jusque dans les milieux académiques, la manière opposée, que j’avais à peu près décidé de mettre dans la bouche de mes gens un langage plutôt correct. Sans rien exagérer, toutefois. J’ai revu bon nombre d’ouvrages de régionalistes français, et je m’aperçois qu’ils travaillent volontiers ainsi. Il est possible que j’aie dépassé la mesure. Mais sans revenir aux dialogues de La Terre vivante, il doit y avoir moyen de trouver un milieu. Aussi je vous remercie de vos remarques, qui me signalent l’abus à éviter. Et j’essaierai de transformer de nouveau.

Veuillez croire, si je verse dans le sens indiqué, que je ne renie aucune de mes anciennes théories. Il s’agit seulement de faire une nouvelle expérience, et de voir aussi, en face de faits nouveaux, la binette de mes détracteurs habituels. Il n’y a rien d’amusant comme de dérouter ses critiques. L’ensemble m’est aussi utile. Car je ne crois pas avoir encore trouvé des formules finales, en ce champ vaste qu’est celui de nos lettres. Dans tous les genres abordés jusqu’ici, je ne veux être qu’un homme qui cherche. J’arriverai peut-être, avec l’aide et les conseils de mes amis, à trouver quelque chose.

Quant au manuscrit que vous avez lu, vous avez compris qu’il ne s’agissait que d’une ébauche. Le tout est atrocement écrit. Mais je voulais que vous preniez connaissance du thème. Depuis que vous avez lu, j’ai refait la moitié du livre, à peu près. J’y travaillerai encore longuement, j’ai bien peur, avant de livrer aux imprimeurs. Suivant de vieux conseils que vous m’avez donnés autrefois, j’ai aussi modifié ma manière dans la description. Au lieu d’être offerte par tableaux détachés, celle-ci se fond avec le récit, se mêle aux gestes des personnages. Je crois que c’est plus expressif, et surtout moins conventionnel.

Et je vous remercie, encore une fois, de votre bienveillante attention. J’apprécie d’autant plus votre lettre, et le soin que vous mis à me lire, que vous êtes fort occupé. J’ai là une preuve, encore une fois, qu’il n’y a chez nous que les hommes occupés qui trouvent le moyen de faire quelque chose. Les autres, eux, n’ont jamais le temps de rien.

Sincèrement,

Harry Bernard

Lettre 31
FLG

Le 21 décembre 1930

Monsieur Harry Bernard
Saint-Hyacinthe

Cher monsieur Bernard,

J’avais gardé jusqu’au dernier moment l’espoir de lire La Ferme des pins. Il me faut, hélas, y renoncer, tant ma besogne pour Paris reste inachevée. Comme ce n’est pas mon habitude d’apprécier un ouvrage sans l’avoir lu, je remets donc à mon retour de vous dire mon sentiment pour votre dernier-né. Tout ce que je puis vous en dire pour le moment, c’est qu’autour de moi, j’en entends parler avec avantage. Et qu’il puisse être lu et goûté même par le populaire, ma vieille mère en pourrait rendre témoignage, elle qui l’a d’un bout à l’autre avalé, en une seule soirée, avec ses yeux de quatre-vingt-un an.

Tout ceci pour vous dire, cher monsieur Bernard, qu’à mon retour La Ferme des pins sera parmi les premiers livres donc je m’accorderai la lecture. Et alors, je vous en dirai mon sentiment avec ma franchise accoutumée. Et vous savez que ce n’est pas là une façon de me dérober, l’échappatoire n’étant pas dans mes habitudes. Pour l’heure, tous mes moments sont comptés. Je désespère de partir avec mon travail terminé.

Laissez-moi vous féliciter néanmoins du bel exemple de travail que vous donnez à la jeunesse et aussi de la probité de votre œuvre littéraire. Vous êtes un des ouvriers de l’avenir.

Bien cordialement vôtre,

Lionel Groulx, ptre

Lettre 32
FLG

Montréal, le 2 janvier 1931

Cher Monsieur Bernard,

Enfin, j’ai pu trouver quelque moment pour lire votre dernier ouvrage. Je l’ai avalé dans une soirée. Je vous en félicite. Vous nous présentez, pour cette fois, des âmes souffrantes, qui vivent un véritable drame. On aura beau dire, c’est la vraie […] en prose, dire l’unique formule du roman.

On me fait observer que votre Juana repose tout au plus sur un simple quiproquo, un malentendu. Peu m’importe la fragilité du cadre ou de la trame, si de la vraie substance, de la vraie vie trouve à s’y mettre. Cela seul importe. Le reste est pure convention. Juana est celui de vos romans où vous aurez mis le plus de psychologie subtile, mais nullement pédante. Et avec quelle aisance tout l’ouvrage est mené, écrit. Quand je me rappelle votre laborieuse manière des premiers temps, je trouve franchement à me réjouir et admirer, devant ce style alerte, aéré, fleur de soleil.

Je ne saurais dire que Juana est votre meilleur roman. J’en tiens toujours pour La Terre vivante. Il me semble qu’un jour ou l’autre, quelque critique s’avisera de la découvrir et de le dire. Et alors La Terre vivante, allégée de votre érudition botanique et ornithologique connaîtra la réédition et prendra place parmi les tout premiers romans de la littérature canadienne.

Pour ne pas perdre l’habitude d’être désagréable en ma franchise, dois-je vous dire que ce n’est pas encore le chef d’œuvre attendu? Il vous faudrait, comme je me suis permis de vous le dire déjà : élever le plan de vos sujets, mettre en roman quelque grand moment de votre vie, quelque grande […] de mœurs, quelque problème national. C’est la formule d’où sont sortir, en définitive, les romans qui tiennent les sommets : Le Disciple, […] Le Blé qui lève, Les Oberlé, Colette Baudoche, La Peur de vivre, etc., etc. Vous avez maintenant l’instrument; vous connaissez votre métier; vous venez de trouver que vous êtes tout à fait capable de construire un drame émouvant. Demandez au Bon Dieu de vous inspirer des sujets à la mesure de votre talent et qui nous fera dire : « Enfin! Un grand romancier nous est né! »

Veuillez agréer, mon cher monsieur Bernard, avec toutes mes félicitations, mes meilleurs souhaits de bonne et heureuse année.

Lionel Groulx, ptre
2098 Saint-Hubert
Montréal

Lettre 33
FLG

Montréal, 9 novembre 1932

Mon cher Monsieur Bernard,

J’ai reçu une réponse de Desrosiers. Elle est telle que je vous l’avais fait prévoir : il refuse et s’excuse. Voulez-vous écrire tout de suite à [Richer?] et l’inviter pour notre réunion de samedi.
Excusez – À la course –
Cordialement vôtre,
Lionel Groulx, ptre

M. Perreault sera volontiers collaborateur et nous encourage.

Lettre 34
FLG et FHB 298/042/017

Saint-Hyacinthe, le 23 décembre 1932

M. l’abbé Lionel Groulx
Rue Saint-Hubert
Montréal

Cher monsieur Groulx,

Ne trouvez-vous pas que M. Héroux a perdu une belle occasion, dans son article en marge de la manifestation au Gésu, de parler de l’Action nationale?

Cette abstention constante ne me dit rien qui vaille.

J’ai terminé mon article de janvier. Il me reste à faire les quelques pages de présentation; j’espère pouvoir vous en faire tenir copie d’ici quelques jours.

Je ne pourrai pas me rendre à Montréal demain. Vous n’avez d’ailleurs pas besoin de moi pour les questions d’administration. S’il y a réunion le 31, je me rendrai.

Pourriez-vous me faire adresser tous les articles qui entreront dans la livraison de janvier. C’est le temps ou jamais. Je préparerai le tout et l’enverrai au Devoir.

J’ajoute mes meilleurs vœux pour Noël et l’Année 1932, l’année de l’Action nationale.

Sincèrement à vous,

Harry Bernard

Lettre 35
FLG et FHB 298/046/006

Montréal, le 4 décembre 1933

Mon cher monsieur Bernard,

Voici les notes de Jacques Brassier [pseudonyme de Lionel Groulx]. Il y mettra peut-être une ou deux rallonges. Et voici : « À travers les vieux journaux du B. [?…] ». Si vous le jugez opportun, pour gagner de l’espace, les extraits des journaux pourraient être composés en petits points?

Cordialement,

Lionel Groulx, ptre

[suit une liste de noms]
Harry Bernard
L’abbé Groulx
Anatole Vanier
Arthur Laurendeau
Esdras Mainville
Hermas Bastien
__________
Dr Antonio Barbeau

Bellefleur, instituteur
L’abbé Maurault
L’abbé Albert Tessier
Eugène L’Heureux
René Chalout
Léo-Paul Desrosiers

Lettre 36
FLG

Le 16 septembre 1942

M. l’abbé Lionel Groulx
261, rue Bloomfield
Montréal (Outremont)

Cher monsieur,

À titre de publiciste du congrès de la Société Canadienne d’Histoire de l’Église Catholique, qui se tiendra à Saint-Hyacinthe, les 6 et 7 octobre prochain, je suis chargé de tenir le public au courant de tout ce qui peut s’y rapporter, dans la presse quotidienne aussi bien que dans le journal que je dirige, Le Courrier de Saint-Hyacinthe.

Vous faciliteriez grandement ma tâche si vous aviez l’amabilité de me faire tenir, le plus tôt possible, le texte du travail que vous devez présenter au congrès, ou encore, à votre choix, un résumé de ce travail.

Si les textes me sont ainsi adressés, je serai en mesure de voir à l’insertion des comptes rendus dans les journaux quotidiens, le jour même de leur présentation.

Votre collaboration dans les circonstances me rendrait grand service, en même temps qu’à tous ceux qui s’intéressent à la Société sus-nommée.

Je vous remercie d’avance et vous prie de croire à mes meilleurs sentiments.

Harry Bernard

Lettre 37
FLG

Avril 1950 / juin 1951

Monsieur l’abbé Lionel Groulx

Cher monsieur,

Je vous rapporte le livre que vous avez eu l’amabilité de me prêter en m’excusant de ne l’avoir pas fait plus tôt. Merci.

Il m’est impossible de repasser ce soir, car je ne suis pas libre de mon temps; mais je prendrai la liberté d’aller vous saluer demain matin à la gare et vous remercier personnellement de la bienveillance que vous voulez bien me témoigner. Respectueusement vôtre,

Harry

________________________

J’ai fort regretté de ne pouvoir assister aux belles fêtes du 17. Mais je tiens, même tardivement, à vous offrir mes meilleures félicitations.

Lettre 38
FLG

Outremont, le 6 janvier 1966

Monsieur l’Illettré
Le Bien public
Trois-Rivières
P. Qué.

Cher monsieur l’Illettré,

Veuillez croire que votre article de l’autre jour, dans Le Bien public, ne m’a pas échappé. C’est toujours un plaisir et une rare faveur que d’être loué par vous. Il me reste à mériter ces éloges. Vous comprendrez que le plus facile n’est pas de vous en persuader. Mon merci n’en n’est pas moins diminué.

Cordialement,

Lionel Groulx, ptre